Défaire l’État québécois

Abraham Lincoln disait que la démocratie était « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

Selon le régime en place, lorsque le peuple ne dérange pas trop, la démocratie est appréciée. Autrement, elle est nuisible et répréhensible.

Visiblement, la condescendance du gouvernement libéral, la tendance à refuser de s’adresser aux étudiants dont il fait preuve et l’utilisation massive d’une démagogie écœurante aura permis à ces derniers de laisser trainer le dossier jusqu’au maximum.

Il est important de voir clair ici. Le gouvernement a remis le destin du conflit étudiant entre les mains des directions d’établissements, de la police et de la justice, sans s’immiscer dans tout cela.

La gestion à distance du conflit et l’attente incessante dont le gouvernement a fait preuve n’aura servi qu’à intoxiquer le Québec.

Après 94 jours de conflit, après le dépôt d’offres insultantes qui remettent en question l’intelligence de la classe estudiantine, après la mise en accusation des étudiants sur les fondés légitimes du mouvement, le gouvernement enfonce une loi spéciale dans la gorge de la démocratie.

Quelle suite à cela ?

Plusieurs scénarios sont possibles. Évidemment, je serais immensément surpris si la majorité des étudiants en grève rentraient en classe docilement, sans défier cette loi immonde.

Encore une fois, toute cette mise en place fait révéler l’idée d’un calcul politique habile. Il est à considérer l’idée selon laquelle le Premier Ministre Jean Charest pourrait profiter d’une poursuite des hostilités (advenant un refus d’obtempérer des étudiants) pour déclencher des élections.

Toutefois, le projet de loi stipule la « suspension » des cours temporairement. On prétend vouloir faire une pause pour calmer le jeu durant l’été et reprendre la session dès le mois d’août, alors que cette fourberie a comme seul dessein l’étouffement du mouvement et la distanciation que prendront les étudiants face à celui-ci.

Le Premier Ministre a continuellement refusé de s’assoir avec les leaders étudiants afin de dénouer ce conflit. Le projet de loi matraque mis de l’avant instaurera en quelque sorte un état policier… Où réfléchir et s’indigner n’est plus librement permis.

Jean Charest vient, de part ses agissements, de sabrer dans la démocratie québécoise et les libertés d’expressions.

Une génération entière s’est soulevée massivement et d’une façon admirable contre l’establishment libéral et la tendance du parti à réprimer le peuple au profit des copains.

Ce que le gouvernement vient de faire, c’est de violer une génération entière, celle qui devra réédifier le Québec aseptisé et rétrograde que nous laisseront les libéraux.

À gouverner trop longtemps, on finit par croire que l’État nous appartient.


À propos de Jonathan Bolduc

Directeur et fondateur de ce site, père de famille et citoyen engagé, je prône les débats d'idées et une politique crue, concrète et différente.