Nous sommes tous humains

Le 17 et le 18 mai 2012 seront probablement des dates dont on se souviendra longtemps à cause de la désormais célèbre loi 78. J’ai pu suivre les évènements de proche à travers les réseaux sociaux. Toute la journée du 18 mai, j’ai été très actif pour analyser la loi sous toutes ses coutures et pour la dénoncer sur toutes les tribunes qui m’étaient disponibles.

À la fin de ma journée, j’avais vraiment besoin de décompresser. Je suis passé au dépanneur me prendre quelques bières à déguster à la maison. En sortant, je croise un quidam qui, après avoir regardé le carré rouge que j’arbore fièrement, me pousse de façon tout à fait volontaire. Sur le coup, je n’arrive qu’à rire de cette attitude pathétique. Ma réaction a eu le mérite de complètement paralyser le malotru.

Durant la soirée, mes obligations familiales m’ont forcé à rester à la maison. J’en ai profité pour écouter deux films portant sur l’autoritarisme. Le premier, The boy with the striped pyjama, parle de l’amitié entre le fils d’un responsable nazi d’un camp de la mort et un jeune juif du camp. Le deuxième, Die Welle (la vague), présente l’expérience d’un professeur qui cherche à démontrer à sa classe de secondaire qu’un régime autoritaire peut facilement s’installer.

Je n’ai pas pu m’empêcher de faire des liens entre tous ces éléments. Les régimes autoritaires cherchent à déshumaniser leurs « ennemis ». Ainsi, les incivilités et la violence envers ces personnes sont banalisées ou encouragées. L’état de peur et de méfiance permanent qui en résulte les force au silence.

Depuis le début du conflit étudiant, plusieurs situations ont comme effet de déshumaniser une partie de la population. D’abord, le fait que le gouvernement a volontairement ignoré les grévistes pendant les 9 premières semaines du conflit.

Ensuite, la multitude de chroniques qui visaient à présenter les grévistes comme un groupe homogène de paresseux, sans emplois, ayant plein d’argent, ne voulant pas étudier, voulant se faire payer leurs études par les contribuables, qui se sont fait laver le cerveau par une bande d’anarchistes et de communistes ne voulant que créer le désordre social.

Cette caricature oublie que les grévistes sont 170 000 personnes qui, comme tout le monde, contribuent financièrement au gouvernement et qui sont des adultes étant capable de se forger une opinion. 85% des étudiants travaillent pendant leurs études et la majorité ne subiront pas la hausse.

Que la réalité soit complexe n’est pas important pour quelqu’un qui cherche à la déformer. Ainsi, les grévistes sont réduits à une chose : le carré rouge. À plusieurs endroits, on lit : « les carrés rouges ont fait », « j’ai vu un carré rouge », etc. Réduisant la vie d’une personne à un bout de feutrine. Certains grévistes ont aussi adopté cette logique déshumanisante.

Ainsi, quand ont réduit quelqu’un à un carré de feutrine, il devient beaucoup plus facile de le violenter. Qu’il vienne de finir une semaine éreintante de travail et qu’il soit en chemin pour rejoindre sa femme et ses deux enfants d’âge préscolaire n’est même pas envisagé.

Lorsqu’on oublie que nous sommes tous des humains qui aspire à vivre heureux et à permettre à ses enfants de vivre mieux que nous, on laisse le champ libre à la violence physique, psychologique et institutionnelle… et on applaudit quand le gouvernement abolit les droits humains à ceux que l’on ne considère plus comme des humains.


À propos de Sébastien Robert

Syndicaliste au SEPB-FTQ, j'ai été 2 fois candidat pour Québec solidaire sur la rive-sud. Je suis un progressiste qui s'intéresse à la politique.