La stratégie électorale du PLQ a un prix (2e partie)

Mon article « La stratégie électorale du PLQ a un prix » sur les bénéfices pour le gouvernement de la hausse des frais de scolarité et les coûts du conflit actuel a été lu plus de 3 500 fois et semble très apprécié (5 étoiles). J’avoue être très honoré de la confiance que vous portez à mes analyses et je suis très heureux de voir que mon travail est diffusé et respecté.

Ceci dit, je vous avais dit de ne pas vous gêner d’ajouter des informations qui manquent, de critiquer ma méthodologie, etc. J’ai reçu plusieurs commentaires pertinents qui me permettent de mettre à jour les données afin qu’on puisse avoir un portrait plus fidèle à la réalité. Je tiens à remercier les internautes qui ont participé à cette réflexion qui, grâce à eux, est plus juste.

Les revenus

D’abord, revenons sur les chiffres. La hausse des frais imposera aux étudiants de payer 1 484 M$ dans les 7 prochaines années. Cette hausse devrait entraîner, selon les études actuelles, une baisse de 0,5% de la fréquentation universitaire par année pour un total de 3,5% au bout de 7 ans. Ces personnes ne payant pas de frais de scolarité (donc de hausse des frais), les revenus de la hausse des frais doivent être ramenés à 1 447 M$ après 7 ans.

De cette somme, 35% reviennent aux étudiants en prêts et bourses et 20% en crédit d’impôt (quelqu’un m’a dit que le taux était de 16,5%. Après vérification, il est bien de 20%). Le gouvernement a ajouté quelques mesures en avril qui coûteront, à terme, 43 M$. En enlevant tout ça à notre 1 447 M$ de revenus bruts, on arrive à 479 M$ de revenus nets en 7 ans.

Le coût du conflit

Il faut ensuite enlever à cette somme les coûts directs du conflit actuel. Je les avais initialement évalué à 327 M$. Depuis le dernier article, on a appris que les coûts de temps supplémentaires des policiers du SPVM sont minimalement de 10M$ (et non 4,4 M$). Considérant qu’il y a 7 600 employés policiers et civils au SPVM, ça signifie une moyenne de 1 315$ de temps supplémentaire par employé, presque la hausse totale des frais imposée par le gouvernement.

On a aussi appris que ça allait coûter entre 40M$ et 70M$ en temps supplémentaire des professeurs au retour en classe pendant les sessions intensives de rattrapage. Ainsi, il faut réévaluer les coûts directs du conflit à 373 M$ minimalement et 403 M$ au maximum cette année et à 13,5 M$ pour les années subséquentes (les 150 postes permanents de policiers créés en lien avec le conflit). Les dépenses pendant 7 ans pour implanter la hausse des frais s’élève donc entre 454 M$ et 484 M$ et non 408 M$ évalué initialement.

Revenu/coût net de la hausse

On arrive donc à un revenu/coût net sur 7 ans de 25 M$ à -5 M$. Un lecteur avisé me rappelait par contre qu’il fallait aussi inclure dans le calcul le coût de financement et d’opportunité. Ainsi, il faut inclure le fait que les frais du conflit seront financés par la dette du Québec (et s’accompagneront donc de frais d’intérêts) et qu’un million de $ de 2012 vaut plus cher qu’un million de 2019 à cause de l’inflation. Ainsi, même si le taux d’intérêt sur la dette du Québec est d’à peu près 3% et le taux d’inflation, d’à peu près 2%, j’ai décidé de mettre un coût d’emprunt/opportunité de 2% seulement afin d’avoir une approximation la plus conservatrice possible. Ainsi, en calculant un frais de 2% par année sur la dette causée par la hausse des frais, on arrive au bout de 7 ans entre -6 M$ et -40 M$ de « bénéfices » avec la hausse (à 5% par année, ça donne entre -63 M$ et -106 M$ après 7 ans).

Les coûts indirects

Et ce chiffre de -6 M$ à -40 M$ ne tient pas compte des coûts indirects du conflit. La baisse des revenus fiscaux causée par la baisse de l’activité économique dans le centre-ville de Montréal, la baisse de l’activité touristique,  la baisse de la fréquentation au grand prix, l’impact sur l’image du Québec et du Canada à l’international quand l’ONU dit trouver la situation des droits de la personnes ici « alarmante » restent très difficiles à quantifier.

L’augmentation des taux sur la dette du Québec, aussi un impact indirect du conflit actuel, nous a déjà coûté 6 M$ et pourrait nous coûter jusqu’à 180 M$ en intérêts supplémentaires si le conflit perdurait jusqu’à la fin de l’année. Un autre lecteur me faisait la remarque pertinente que les diplômés universitaires rapportaient au gouvernement du Québec 379 187$ de plus en impôt au cours de sa vie qu’un diplômé collégial. Considérant que la hausse proposée par le PLQ devrait faire en sorte, au bout de 7 ans, qu’au moins 9 520 personnes n’iront pas à l’université, la hausse des frais de scolarité priverait le gouvernement du Québec de 3 609 M$ dans les 40 prochaines années, un peu plus de 90 M$ par année (alors que la hausse, à terme, à partir de 2018-2019, rapportera 118 M$ net par année). Lorsqu’on ajoute tous ces coûts indirects, il est difficile de croire que la hausse des frais de scolarité soit une décision qui améliore nos finances publiques…

Cette situation, tout comme la corruption et la collusion dans lesquels baignent le gouvernement du PLQ, nous démontre que pour ce parti, c’est : « notre réélection d’abord, oui! ». L’économie, les finances publiques, la diminution des inégalités et le bien commun sont visiblement, pour le PLQ, des enjeux secondaires… s’ils les considèrent des enjeux…

Tous les billets de cette série d'articles:

  1. La stratégie électorale du PLQ a un prix
  2. La stratégie électorale du PLQ a un prix (2e partie) (Cet article)

À propos de Sébastien Robert

Syndicaliste au SEPB-FTQ, j'ai été 2 fois candidat pour Québec solidaire sur la rive-sud. Je suis un progressiste qui s'intéresse à la politique.