Comme cela, la stratégie électorale des libéraux est d’opposer la saine gestion des finances publiques par les libéraux à une opposition qui serait dominée par la volonté irrationnelle et malsaine de la rue.
Ma formation scientifique m’oblige à ne pas rejeter du revers de la main la théorie du gouvernement Charest (même si elle me semble à prime abord complètement loufoque). Je sais qu’il faut plutôt confronter cette théorie à des cas réels. Afin de laisser une chance aux libéraux de voir leur théorie validée, je ne prendrai pas ici les nombreux dossiers de collusion et de corruption qui accablent le gouvernement depuis trois ans. Je vais plutôt prendre l’exemple sur lequel se base le PLQ pour sa stratégie : la grève étudiante.
Un des principes de base de la saine gestion que j’ai appris dans mes cours de gestion, c’est que si le coût d’implantation d’un changement est plus grand que les bénéfices potentiels de ce changement, t’es mieux de ne pas faire le changement. Voyons si ce principe de base a été respecté en comparant les bénéfices de la hausse avec les coûts de la grève étudiante.
D’abord, les revenus
La hausse, selon le plan libéral initial, aurait rapportée 332 millions (M)$ après 5 ans. On se souviendra que la hausse a été ramenée sur 7 ans avec une indexation pour les deux dernières années. Cette indexation amène la hausse à 371 M$ en 2018-2019. D’ici cette année-là, en 7 ans, les étudiants auront payé un total de 1 484 M$ de plus en frais de scolarité.
Ensuite, selon cette étude de l’IREC, une hausse de 1000$ de frais de scolarité entraînerait une baisse de 2% de la fréquentation universitaire. Ainsi, comme la hausse serait de 254$/année, une baisse de 0,5% par année est à prévoir. On y lit aussi qu’il existe un crédit d’impôt équivalent à 20% des frais de scolarité, donc 20% de moins dans les poches du gouvernement.
Ensuite, le gouvernement a accompagné sa hausse de plusieurs mesures. D’abord, 35% de la hausse revient dans le programme de prêts et bourses. Selon cet article de l’IRIS, les mesures de bonification des prêts et bourses et le RPR, que les libéraux ont annoncés début avril, coûteront 43 M$ supplémentaires au bout des 7 ans.
En déduisant des revenus bruts les coûts des mesures et des impacts accompagnant la hausse, on obtient le revenu net de la hausse. Ça donne : 1ere année : 18 M$, 2e année : 35 M$, 3e année : 52 M$, 4e année : 69 M$, 5e année : 86 M$, 6e année : 102 M$ et 7e année : 118 M$ pour un total de revenus pour les 7 années de 480 M$ de marge de manœuvre de plus pour le gouvernement provenant de la hausse des frais de scolarité.
Maintenant, les coûts d’implantation
Ce qu’on entend par coût d’implantation, ce sont les dépenses effectuées pour mettre en place le programme. Dans ce cas-ci, je prendrai en compte seulement les coûts qui ont été découverts par les médias afin d’avoir le coût minimal.
D’abord, il y a les coûts pour les institutions d’enseignement. Celles-ci ont payés du personnel pendant la grève qui n’a pas entraîné de diplômés. Ce sont là des pertes sèches auxquelles s’ajoutera le coût du temps supplémentaire au retour en classe. La FEUQ avait calculé le coût direct de la grève pour les établissements à 17 M$ par semaine. Alors que nous finissons la 18e semaine de grève, les coûts directs pour les établissements d’enseignement seraient donc de 306 M$.
À cela, il faut ajouter les coûts de la sécurité. On apprenait que les universités montréalaises ont dépensées 1 M$ en sécurité dans le cadre du conflit. À cela, il faut ajouter les coûts supplémentaires d’au moins 6,2 M$ pour le temps supplémentaires dans les différents corps de police (4,4 M$ pour le SPVM, 1,5 M$ pour la SQ, 200 000$ pour Gatineau et 100 000$ pour Sherbrooke. Finalement, il faut ajouter une dépense récurrente d’à peu près 13,5 M$ pour les 150 nouveaux postes de policiers créés au SPVM suite à la grève.
Le dernier poste budgétaire est celui des communications du gouvernement. Depuis le début du conflit étudiant, le gouvernement a fait au moins trois campagnes de publicités. Une première de 165 000$ pour expliquer sa première offre, une 2e de 200 000$ pour vanter les prêts et bourses et une dernières de 866 000$ pour les deux premières semaines de juin. Pour un grand total de plus de 1,2 M$ en publicité.
Dans ces trois catégories, le conflit actuel a coûté minimalement 327 M$. En enlevant les dépenses directes du conflit comptabilisées plus haut aux revenus nets de la hausse, celle-ci deviendra « rentable » pour le gouvernement à la 7e année. Après 7 ans, le gouvernement aura eu 71 M$ de plus de marge de manœuvre avec la hausse actuelle, à condition qu’il n’y ait pas d’autres coûts directs de la grève qui n’ont pas encore été rendus publics (mon petit doigt me dit que je n’ai pas comptabilisé toutes les dépenses). Je ne prends pas non plus en compte les coûts indirects de la grève avec ses impacts sur l’industrie touristique, l’économie de Montréal et l’impact sur l’image du Québec, ni les coûts humains du conflit (insultes et intimidation des deux côtés, bris de confiance face à la police, procédures et casiers judiciaires, perte de légitimité des tribunaux, blessures légères et graves, amitiés brisées, etc.)
Revenons à notre question du début : Est-ce que ceci est un exemple de saine gestion des finances publiques? À mon humble avis, non. Ce sont nous, les contribuables, qui financent ces dépenses causées par la mauvaise gestion du conflit par le gouvernement du parti libéral. Visiblement, pour le gouvernement libéral, avoir une stratégie électoral qui leur permet de nous faire oublier leur corruption, leur collusion et leurs liens avec la mafia, ça n’a pas de prix… pour tout le reste, il y a les contribuables…
Tous les billets de cette série d'articles:
- La stratégie électorale du PLQ a un prix (Cet article) (15 juin 2012)
- La stratégie électorale du PLQ a un prix (2e partie) (19 juin 2012)


6 commentaires
Beau travail!
Mais la démonstration de mauvaise gestion serait encore plus évidente avec des données indexées!
@Darwin: Merci pour le commentaire. Effectivement, les 309 M$ que coûte l’instauration de la hausse la première année valent plus cher que l’argent de la 7e année (à un niveau d’inflation de 2%, les 309 M$ de la première année ont une valeur de 348 M$ à la 7e année). Le 71 M$ devient donc 32 M$…
À tous: Ne vous gênez pas de commenter si vous trouvez des dépenses qui ne sont pas dans l’article ou si vous voyons des choses à améliorer dans la méthodologie. Je prendrai en compte les commentaires pour faire une mise à jour de ce billet dans les prochains jours.
On vient d’apprendre aujourd’hui dans cet article (http://www.lapresse.ca/actualites/dossiers/conflit-etudiant/201206/15/01-4535304-aide-financiere-de-quebec-au-spvm-bachand-en-accord.php) que finalement, la crise actuelle n’a pas coûté 4,4 M$ en temps supplémentaire au SPVM, mais 10 M$. C’est donc 5,6 M$ de plus à mettre dans les coûts de la grève…
De plus si on a 2% d’inscriptions de moins, le même nombre aura protentiellement un emploi moins bien payé donc paiera moins d’impôts plus tard. Cette perte est très difficile à chiffrer, par contre, mais j’ai trouvé une piste dont voici un extrait :
« Selon la dernière étude disponible (décembre 2008) sur «Le taux de rendement du baccalauréat: pour les diplômés et pour l’État», réalisée par Marius Demers, économiste au ministère de l’Éducation, le détenteur d’un diplôme universitaire va payer au cours de sa vie active énormément plus d’impôts et de taxes que les non-diplômés.
D’après cette étude, le diplômé type d’un bac verse pendant sa vie active (17 à 64 ans) la somme de 916 043$ en taxes et impôts.
C’est 379 187$ de plus que le détenteur type d’un diplôme d’études collégiales. Par rapport au détenteur d’un diplôme d’études secondaires, l’écart grimpe à 503 668$. Et face au non-diplômé de l’école secondaire? Rien de moins que 644 277$. »
Source : http://affaires.lapresse.ca/opinions/chroniques/michel-girard/201204/02/01-4511564-combien-ca-rapporte-un-diplome.php
À partir de là on peut même s’amuser à calculer à partir de combien de diplômés supplémentaires la gratuité scolaire s’auto-financerait, mais ce n’est pas le but du présent billet.
Le simple fait de proposer d’augmenter les frais, selon l’idée que ces études doivent être payées parce qu’elle coûte trop chères, est une macération sans nom.
On place le marché avant toute chose, en omettant de considérer les retombées économique d’une génération d’haut diplômés.
Mais c’est pas des gros chars rapides, qui pollues, donc ça n’a pas de valeur.
[...] article « La stratégie électorale du PLQ a un prix » sur les bénéfices pour le gouvernement de la hausse des frais de scolarité et les coûts du [...]