Il y a de ces redondances dans l’Histoire qui surprennent toujours.
Après avoir été le berceau de l’Occident nous ayant apporté plusieurs de nos us et coutumes architecturelles, culturelles et politiques, voici que la Grèce redevient le centre de notre civilisation avec sa crise économique qui questionne la pertinence de tous les paradigmes sociaux que nous connaissons.
En effet, la Grèce est la première nation occidentale depuis la dernière grande dépression dans laquelle sévit une remise en question du modèle sociétal se basant sur l’économie de marché.
Grève générale des syndicats publics et privés, grogne des citoyens qui voient les tarifs et la taxation augmenter de façon significative et immobilisation totale des activités économiques de la Grèce sont le lot de cette situation causée par un trop lourd endettement du gouvernement.
L’état catastrophique des finances publiques de ce pays avec une dette publique s’élevant à 133% du PIB, le deuxième plus haut taux en Occident, est peut-être précurseur d’une vague de crises budgétaires pouvant frapper de plein fouet l’ensemble des pays industrialisés. C’est ce que soulignait dernièrement l’OCDE.
La source de tout ce mal se retrouve dans le caractère dysfonctionnel du capitalisme qui ne peut survivre sans l’apport d’une quantité gigantesque de fonds publics.
En examinant bien l’évolution des 40 dernières années, on constate que les dettes n’ont cessé d’alourdir les comptes des États tandis qu’explosaient les bénéfices des grandes entreprises. En fait, le libre marché est intrinsèquement incapable de maintenir des profits avantageux aux compagnies sans pomper des milliards aux deniers publics afin de compenser le déficit structurel existant entre offre et demande (c’est-à-dire que la totalité des biens produits ne peut être consommée par la totalité des revenus des consommateurs/travailleurs).
Ainsi donc, la crise hellénique est le premier épisode d’une tempête sociale se profilant à l’horizon. Tel qu’énoncé dans mon billet La grande rupture sociétale : capital ne rime pas avec social : « La grande rupture sociétale entre les pouvoirs économiques transnationaux et les aspirations concrètes des populations humaines est à notre porte. ».
La résolution ou la non-résolution et les conséquences de la présente condition en Grèce se répercuteront par la suite aux autres pays occidentaux qui connaîtront sous peu la même problématique. Le précédent sera créé et inspirera alors les autres nations.
Ce pays se dirigera-t-il vers la gauche ou la droite afin de résoudre ses problèmes? Nul ne le sait encore. Mais une chose demeure certaine : la Grèce, comme jadis dans l’antiquité, redeviendra un phare d’un imminent renouveau civilisationnel.
Texte publié sur http://pourquedemainsoit.wordpress.com/


3 commentaires
Ne pas oublié également l’Islande qui a joué de créativité dans ce monde essentiellement capitaliste pour s’en sortir, et visiblement avec brio.
Oui, l’expérience de la démocratie directe et participative en Islande est intéressant. On en entend peu parler dans les médias occidentaux…
J’avais cru comprendre que la gestion capitaliste du gouvernement grec était assez particulière : très dépensière et populiste. La Grèce est en difficulté comme n’importe qui qui dépense au-delà de ses moyens et sans discernement. Le capitaliste est une chose, sa gestion en est une autre. Le Canada aussi est capitaliste, la Suisse, la Suède, l’Australie, l’Allemagne, etc. et ils ne sont pas dans l’état de la Grèce. Leurs gouvernements n’ont pas géré (gouverné) comme celui des grecs.
Je ne défends pas le système capitaliste mais faut pas le rendre responsable de toutes les crises financières ou économiques. Aucun système ne peut résister à une mauvaise gestion ni à des mauvais gestionnaires. Des pays dits socialistes ou communistes sont aussi en crise et d’autres réussissent assez bien.
D’autre part, une mondialisation sauvage de pays majoritairement socialistes serait aussi désastreuse que celle des pays majoritairement capitalistes.