Le PQ et l’amiante

Le 29 juin, le gouvernement Charest a annoncé ce qui se tramait depuis au moins deux ans, soit l’octroi d’un prêt de 58 millions de dollars pour faire revivre la mine Jeffrey d’Asbestos et signer l’arrêt de mort de travailleurs de pays pauvres… En fait, on s’attendait à une garantie de prêt, mais, bon, aucune banque ne voulant prêter cette somme, le gouvernement s’est transformé en institution financière pour l’occasion.

Réactions…

Le jour même, Québec solidaire dénonçait cette décision, tant pour son aspect électoraliste que parce qu’elle représente une «exportation vers des pays pauvres de l’épidémie de maladies reliées à l’amiante que le Québec a connue dans le passé».

La fin de semaine passant, on a eu droit à un déluge de réactions négatives de la part :

  • de l’Association des médecins spécialistes en santé communautaire du Québec;
  • de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ);
  • de la sociologue de la santé Maria De Koninck;
  • de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement
  • du Collège québécois des médecins de famille;
  • de la directrice de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, Louise Vandelac;
  • de l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante;
  • et j’en passe…

Et de l’opposition officielle?

Il y a bien son député de la région, Étienne-Alexis Boucher qui, le jour même «se réjouit d’apprendre que la Mine Jeffrey relancera ses activités», son candidat vedette Réjean Hébert quiparle un peu comme Québec solidaire («On ne voudrait pas habiter dans des maisons isolées avec de l’amiante. Pourquoi est-ce qu’on exporte cette matière dans d’autres pays et qu’on expose nos travailleurs à ces fibres?»), son ancien député Camil Bouchard qui va dans le même sens («Il me fait complice non consentant d’une menace réelle et rigoureusement documentée à la santé de milliers de personnes dans les pays en voie de développement ou en émergence.»), mais du PQ, l’opposition officielle, rien pendant près d’une semaine! Et, ce n’est pas moi qui le dit :

«Mauvaise note aussi à l’hypocrisie des silencieux : le Parti québécois tiendrait là une occasion de dénoncer l’inacceptable, mais il stagne en eaux troubles : mauvais pour la santé, dit un de ses candidats. Bon pour l’économie, affirme un de ses députés du coin. Souffler le chaud et le froid ? Pas mieux pour l’image.»

Une position variable…

Ce dossier était connu depuis au moins 2 ans, mais on dirait que le PQ ne savait pas quelle direction prendre. Finalement, on a eu droit à sa position cinq jours plus tard :

«En accordant un prêt de 58 millions de dollars pour relancer la mine Jeffrey à Asbestos, le gouvernement Charest démontre une fois de plus son manque de vision économique pour le Québec et plus particulièrement pour une région qui aurait besoin de se diversifier.»

C’est quasiment la position de QS! Mais, pas trop vite, il ne dénonce toujours pas l’exportation de ce produit létal, mais «s’inquiète des risques de l’amiante chrysotile sur la santé» et conclut «qu’une commission parlementaire doit se tenir le plus rapidement possible pour faire la lumière sur le sujet.». Wow, cinq jours pour revenir à la position qu’il maintient depuis plus d’un an (et que le Bloc québécois a aussitôt adoptée), soit d’attendre que d’autres décident pour lui pour ne pas froisser la population du coin et ne pas perdre de votes… Procès d’intention? Peut-être, mais, honnêtement, je ne vois pas d’autre explication.

D’ailleurs, dès le lendemain, la porte-parole du PQ dans le domaine minier, Martine Ouellet,allait plus loin.

«Lors d’un entretien téléphonique, Martine Ouellet a atténué les propos de son collègue Étienne-Alexis Boucher. «Il disait aussi qu’il fallait faire de la diversification économique.»

Elle a confirmé que sa formation politique s’est ralliée à ceux qui affirment qu’il est impossible de garantir une utilisation sécuritaire de l’amiante. Une thèse avancée notamment par l’Institut de santé publique, a rappelé Mme Ouellet.»

Merde, le PQ ne se contente pas d’étouffer la partie la plus importante de la version de son député, mais change de position comme il alterne entre le centre-droit et le centre gauche selon les électeurs qu’il veut séduire. Mais, encore plus fondamental, si le PQ considère qu’il est impossible de garantir une utilisation sécuritaire de l’amiante, pourquoi demande-t-il une commission parlementaire? Peut-être n’en demandera-t-il plus quand ce billet paraîtra!

Et alors…

La question de l’amiante me tient tout particulièrement à cœur. D’une part, j’ai déjà travaillé pour une centrale syndicale où le mot amiante était interdit, il fallait dire chrysotile (pourtant, mon logiciel de traitement de textes montre une faute quand j’écris ce mot…)… Heureusement, je n’ai jamais eu à défendre l’amiante dans le cadre de cet emploi. Ensuite, l’appui de Gilles Duceppe à la position du PQ (d’abord pour l’exploitation de l’amiante, puis pour une commission parlementaire…) fut LA raison pour laquelle j’ai décidé de ne pas voter pour le Bloc lors de la dernière élection fédérale, bien avant la vague orange. Je pensais perdre mon vote! Je n’acceptais pas et n’accepterai jamais qu’on décide de fermer les yeux devant les morts du tiers-monde pour créer des emplois ici (il y a des choses pas mal plus utile à faire pour créer des emplois que d’exploiter une substance mortifère…) et gagner des votes.

Pour les personnes qui n’auraient pas compris (ou qui ne sauraient pas), voici en ordre la liste des huit pays où le Québec a exporté le plus d’amiante en 2011 (92 % de ses exportations) :

  • Inde (48 % de ses exportations)
  • Indonésie (21 %)
  • Colombie (9 %)
  • Thaïlande (5 %)
  • Mexique (3 %)
  • Sri Lanka (3 %)
  • Équateur (2 %)
  • El Salvador (2 %)

(source : Strategis)

Est-ce clair que presque toutes nos exportations se dirigent dans des pays qui n’utiliseront pas ce produit de façon sécuritaire (si même une telle chose était possible)?

Bon, je ne le répèterai jamais assez, oui, je trouve le PQ moins pire que le PLQ, pas seulement dans ce dossier, mais dans bien d’autres. Par contre, personne ne me présente le PLQ comme un parti progressiste et ne me demande de voter pour lui…