Le Québec accueille mal ses nouveaux immigrants

Le gouvernement du Québec a augmenté le nombre d’entrées des nouveaux immigrants de façon exponentielle depuis les 5 dernières années, passant de 35 000 à 55 000 nouveaux immigrants. La question est celle-ci : étions-nous prêts à les recevoir?

Il faut regarder les résultats sur le terrain pour nous rendre compte que la situation est totalement aberrante. Le gouvernement du Québec ne prend pas ses responsabilités dans le dossier de l’immigration.  N’est-il pas raisonnable de penser qu’avant de recevoir un aussi grand nombre d’arrivants étrangers, il faut au minimum avoir les outils sur le terrain, ce qui n’est actuellement pas le cas!

Au Québec, nous avons la chance d’être l’une des seules provinces canadiennes à avoir un certain contrôle sur notre immigration. C’est un élément très important qu’il ne faut pas négliger et surtout que nous devons préserver sous la juridiction québécoise. Mais ce qui est déplorable depuis l’accession du gouvernement Charest au pouvoir, c’est qu’on note la situation inverse. Il y a un laisser-aller majeur en matière d’immigration et d’intégration au Québec et cette responsabilité appartient au gouvernement du Québec.

Au Québec, nos valeurs sont très différentes du reste du Canada ou de l’Amérique du Nord. Notre langue et notre culture revêtent également un caractère unique. Nous devons faire des efforts supplémentaires et élaborer des règles claires afin d’assurer leur pérennité, car si notre société ne les protège pas, qui le fera?

Avant cette année, il existait beaucoup de programmes gouvernementaux afin d’accueillir et d’intégrer les nouveaux immigrants. Leur efficacité avait été démontrée et ils étaient solidement implantés dans les mœurs et coutumes de notre société.

Mais voilà que le gouvernement Charest a mis de l’avant de revoir les façons de faire en matière d’immigration au Québec et de rendre les choses plus efficaces. La première démarche du gouvernement du Québec a été de fermer certaines maisons du Québec à l’étranger.  Ces maisons, rappelons-le,  servaient de tremplin pour un premier contact avec les gens qui voulaient immigrer au Québec. On leur donnait tous les renseignements et les documents à compléter afin de faire une demande d’immigration conforme et qui soit plus facilement acceptée. En plus, de présenter des dossiers mieux étoffés, ces maisons permettaient de faire leur premier contact avec un être humain et non une boîte vocale.   De nos jours, c’est par internet que l’on assure ce service, ce qui alourdit considérablement un processus déjà assez compliqué.

Depuis le premier juillet dernier, une autre décision du gouvernement s’applique.  En effet, le gouvernement a cédé les séances d’accueil des nouveaux immigrants aux organismes communautaires. Ces séances étaient données par les employés du ministère de l’Immigration et Communautés culturelles et servaient à orienter et aider les nouveaux arrivants à comprendre comment nous fonctionnons au Québec et à leur donner les outils de base pour se chercher un logement et un emploi. Ces séances ne coûtaient que 67,50 $ pour trois heures au gouvernement. Depuis le transfert de service aux organismes communautaires, le prix explose à 300 $ pour trois heures, soit une augmentation de 230 %. Les organismes communautaires eux-mêmes ont demandé un moratoire au gouvernement d’une année complète pour se préparer à les recevoir, car pour le moment, ils ne sont pas aptes à assumer une nouvelle responsabilité donnée par le gouvernement.

Les dernières décisions du gouvernement touchent l’intégration des nouveaux immigrants, plus spécifiquement les cours de francisation qui donnent une base aux gens pour se débrouiller dans notre langue. À cet effet, nous apprenons que l’accessibilité à ces cours devient très difficile. La liste d’attente atteint plusieurs mois et s’allonge de plus en plus, car nous manquons de professeurs et d’intervenants pour répondre à la demande toujours grandissante.

Comment une société sérieuse peut-elle augmenter son nombre de nouveaux immigrants sans avoir les outils pour les accueillir convenablement, et encore moins, pouvoir les intégrer à notre société?

C’est pourtant exactement l’option que le gouvernement Charest a choisie pour l’avenir de notre nation. Considérant que notre langue est menacée, il n’est vraiment pas opportun d’abandonner maintenant nos responsabilités face aux nouveaux immigrants qui arrivent au Québec. Il faut rapidement soulever un débat sérieux et demander au gouvernement une meilleure gouvernance dans  sa façon de gérer l’immigration. C’est notre culture, notre langue et surtout notre identité qui est menacée! Peut-être que les élections nous donneront la chance d’apporter le sujet sur la place publique?

Jean-François Sylvestre