On devrait!

Au cours d’une discussion sur les démocraties directe et représentative, mon interlocuteur m’a lancé : « on devrait enseigner des cours de politique au secondaire, pas au cégep ». C’est vrai que ça serait bien…

Cette remarque m’a fait penser aux audiences des États généraux sur l’éducation en 1996. Il ne se passait pas une journée sans qu’un groupe ne veuille confier de nouveaux mandats à notre système d’éducation. On y a proposé entre autres :

  • des cours de philosophie (formons ces cerveaux au plus vite, même au primaire) ;
  • plus de cours en arts (il est important d’élargir les horizons de nos jeunes) ;
  • plus de cours en histoire (un peuple ne peut évoluer s’il ne sait pas d’où il vient) ;
  • plus de cours en géographie (il est inadmissible que nos jeunes ne connaissent pas le monde dans lequel ils vivent) ;
  • plus de cours d’anglais (on ne peut réussir sa vie sans maîtriser l’anglais) ;
  • plus de français (nos jeunes ne savent plus parler ni écrire un français convenable) ;
  • plus de mathématiques (c’est la base pour toute science) ;
  • plus de sciences (tellement nécessaires à cette époque où prime l’économie du savoir) ;
  • plus d’éducation physique (les jeunes ne bougent plus assez et le taux d’obésité chez les jeunes augmente en flèche!) ;
  • et j’en passe.

Je confesse fonctionner de mémoire et avoir inventé le contenu des parenthèses… Je ne suis pas pour toujours citer des sources, mes billets auraient trop l’air de thèses de doctorat! Cela dit, ces propositions font toutes du sens sauf que, si on les appliquait toutes, la semaine d’école aurait 70 heures!

Finalement, on a doublé le nombre de cours d’histoire, mais maintenant, on se plaint du contenu (pas à tort…)! On a de fait augmenté le nombre de cours d’anglais, mais on a fait face à une « pénurie » d’enseignants dans cette matière. On a aussi augmenté les heures consacrées au « matières de base » – le français et les mathématiques -, mais on a dû éliminer des cours d’économie familiale, d’initiation à la technologie, d’économie et de formation personnelle et sociale. Sitôt retirés, certains exigeaient leur retour!

Les motifs étaient tous bons, encore une fois : des nutritionnistes, trouvant que les familles ne préparent plus assez leurs repas, ont demandé le retour des cours d’économie familiale. Divers groupes demandent qu’on réintroduise (pas de farce plate!) les cours d’éducation sexuelle disparus (ou presque) depuis l’abolition du cours de formation personnelle et sociale. Les cours d’économie? C’est unanime, on veut qu’ils reviennent! Je crains toutefois la forme qu’ils prendraient, car on parle plutôt de cours d’éducation financière… Quant aux cours d’initiation à la technologie, je n’ai pas trouvé de demande de retour, ce que je trouve triste… surtout parce que cela rompt la logique de mon billet!

Ce n’est pas fini…

Mais, on s’est affiné depuis les États généraux de 1996! On a même un parti politique qui voudrait ajouter des cours d’entrepreneuriat au secondaire (lui dit entrepreneurship, ça fait plus business…)!

Mais là, il me semble qu’on ait poussé le bouchon un peu loin lorsque, profitant du désarroi d’une bonne partie de la population face à la hausse du nombre de noyades, la ministre Courchesne a annoncé que la formation Nager pour survivre conçue par la Société de sauvetage « pourrait être offerte à tous les élèves de 3e année d’ici deux à trois ans ».

Un lecteur du Devoir a montré fort pertinemment que cette décision de la ministre semble étrangement électoraliste… Il ne dit pas cela (des commentateurs le font!), mais soulève de bons points qui vont dans ce sens, entre autres celui-ci :

« Si l’on regarde les statistiques, en ce qui concerne les individus de moins de 18 ans qui représentent moins de 13 % des noyades au Québec cette année, il s’agit dans les cinq cas d’enfants laissés sans surveillance par leurs parents, dont un qui s’est noyé dans son bain. Tous les jeunes qui se sont noyés cette année n’auraient même pas reçu cette formation à leur école puisqu’ils n’étaient pas d’âge scolaire. »

Il se demande aussi, me fournissant l’idée de l’image de ce billet, « Quelle sera la prochaine mission qu’on [l'école] lui confiera ? La sécurité routière pour les jeunes cyclistes ? Les cours de conduite automobile ? »

Dans le même sens, le professeur masqué ne croit pas que ce type de programme fasse vraiment partie du mandat de l’école. Il utilise fort habilement le concept derrière le proverbe africain tellement populaire ces temps-ci (et tellement pertinent) dans le domaine de l’éducation : « Ça prend un village pour élever un enfant. »

«Ce qu’il faut savoir, c’est que, dans un village africain, ce n’est pas l’école qui montre à nager aux enfants, mais bien des frères, des sœurs, des voisins.»

Et vlan!

Et alors…

Ça ne me dérange pas trop qu’on ajoute ou pas un programme de trois heures au curriculum du secondaire. Ce qui me dérange, c’est qu’on prenne cette décision à la va-vite, en profitant d’événements ponctuels, avec un motif électoraliste évident. Ce fut la même chose lorsque ce gouvernement a décidé d’offrir dans toutes les écoles du Québec des cours d’anglais intensif en dernière année du primaire (je sais, il y a plein d’autres motifs pour s’y opposer et je les partage!). On change les programmes selon la vague des lobbys et des événements, sans vision globale de l’éducation. Cela me fait penser à la marchandisation graduelle de l’enseignement universitaire. On y va à la pièce, secrètement, sans plan clair de ce qu’on veut de notre système d’éducation.

Pour moi, pas de doute : nous sommes dus pour de nouveaux états généraux sur l’éducation!