Je croyais que je faisais une bonne affaire en payant mes impôts. Je croyais que le but était de mettre les sous de tous en commun, à la mesure de chacun, pour s’entraider et se doter de services qui nous seraient nécessaires quand nous sommes dans le besoin. Je croyais, par exemple, que payer les frais de scolarité des uns alors que ceux-ci paieraient la retraite des autres plus tard était une entente sociale juste et équilibrée.
Il est une expression qui est devenue à la mode depuis ce printemps : « payer sa juste part ». Je croyais justement que je payais ma juste part des services en honorant ma part d’impôt. Je croyais que le principe de l’utilisateur-payeur s’appliquait, par exemple, quand une entreprise pollue l’eau pour son seul bénéfice, qu’elle devait alors payer les coûts associés à la décontamination. Je croyais que le principe de l’utilisateur-payeur pour un service public alors que celui-ci bénéficie à toute la société était inutile puisque nous payons déjà notre part d’impôt, que c’était en fait nous faire payer deux fois pour la même chose.
Le Parti libéral avait résolu en octobre 2011 de hausser les tarifs des garderies à 10$ par jour au lieu des 7$ actuels. Ils se sont ravisés. Advenant leur réélection, ce serait 7,73$. Lors d’une conférence de presse, dans un centre communautaire, M. Charest a déclaré que les parents feront tout de même leur «juste part» :
« Je le crois, puisque la politique que nous avons c’est celle des tarifs à 7 $ par jour et parce que comme société nous avons fait le choix d’une politique familiale qui vise l’accès au marché du travail pour les femmes, la réduction de la pauvreté et l’augmentation du taux de naissance ».(1)
Il semblerait donc que le concept de juste part puisse se traduire en objectifs sociaux, et pas seulement en termes de pourcentage de contribution de l’utilisateur-payeur. Voilà qui est bien, car on l’a appris, les garderies à 7$ sont payantes pour l’État(2) et elles ont un impact sur la préparation scolaire des enfants, surtout pour ceux issus de milieux défavorisés, à condition que le service de garde soit de qualité(3) .
Soixante-treize sous par jour peut paraître anodin. Mais certains n’ont déjà pas de marge de manœuvre et c’est précisément eux qui ont le plus besoin du service. De toute façon, le montant m’importe peu. Si les garderies sont déjà payantes pour l’État à 7$, il y a lieu de se demander pourquoi les parents de jeunes bambins doivent fournir plus. Et puis à cela s’ajoutent déjà la taxe santé de 200 $ appliquée à chaque citoyen sans distinction de revenu et la hausse annoncée des tarifs d’électricité(4) .
Je n’ai pas de problème à payer mes impôts. Je croyais que le je faisais pour me permettre d’avoir accès à des services. Je ne croyais pas contribuer au profit des compagnies minières étrangères(5) , je ne croyais pas que l’argent de mes impôts pouvait être détourné dans un système complexe de collusion et de corruption impliquant le monde de la construction. Et je ne croyais pas non plus payer pour de l’énergie dont je n’ai pas besoin, comme le constate l’analyste en énergie Jean-François Blain dans le même article que cité plus haut(4) . Je ne croyais pas que les intérêts économiques prévalaient sur le bien commun. Je n’avais pas vu passer l’abolition de la taxe sur le capital établie par Duplessis. Paraît que ça nuisait à l’activité économique même si le démarrage d’entreprises au Québec était plus élevé que dans le reste du Canada(6) . Duplessis avait instauré cette taxe? Ça devait quand même pas trop nuire à ses amis, il me semble.
C’est comme si un père (ou une mère, choisissez le scénario qui vous va) annonçait à sa famille : bon, on va couper dans nos postes de dépenses (épicerie? médicaments? transport? éducation?) parce qu’il fallait donner un droit d’accès au propriétaire du magasin général sur la rue Principale et on va devoir payer l’asphalte pour qu’il passe sur notre terrain.
Le bien commun, le bien-être commun, devrait demeurer notre priorité. Il y a quelque chose qui a dû m’échapper. Je dois être dans le champ.
Cynthia Dubé
Cet article a été publié sur Sortie 252
- http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/08/05/plq-frais-garderies-8-dollars_n_1744276.html?utm_hp_ref=politique [↩]
- http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/347300/payantes-pour-l-etat-les-garderies-a-7 [↩]
- http://naitreetgrandir.com/fr/Etape/3-5-ans/Garderie/Fiche.aspx?doc=bg-naitre-grandir-effet-garderie-developpement [↩]
- http://www.lapresse.ca/le-soleil/affaires/consommation/201208/01/01-4561476-hydro-quebec-hausses-de-tarifs-salees-dici-2018.php [↩] [↩]
- http://www.ledevoir.com/politique/quebec/336596/point-chaud-parizeau-pourfend-le-plan-nord [↩]
- http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Economie/2012/05/04/007-taxe-capital-quebec-retour-analyse.shtml [↩]


5 commentaires
[...] http://www.politicoglobe.com/2012/08/je-dois-etre-dans-le-champ/ [...]
Même si je ne crois pas que M. Charest espère vraiment augmenté les finances du gouvernement du Québec avec cette indexation. Je crois que c’est pour faire taire une partie de ses militants qui sont opposés au gel nominal des frais de garderie. Puisqu’à long terme un gel des frais représente une forme de gratuité il a voulu donner ce cadeau sur le principe sans trop se mettre à dos le reste de la population.
Bref, cette promesse relève plus du calcul politique que d’une mesure pour augmenter les finances de l’État ou d’instaurer un « système de garderie subventionné viable ».
Je partage votre opinion, monsieur Godbout. Tout comme je crois que la mesure du 100 $ pour les effets scolaires est un bonbon lancé aux électeurs. Je vois difficilement dans cette dernière mesure une stratégie globale pour aider les familles. Au contraire, ce n’est qu’une procédure administrative qui s’ajoute à la lourdeur de la machine bureaucratique. Cela dit, mon texte utilisait le prétexte des garderies, mais le but premier était de réagir aux idées de « juste part » et de « rien n’est gratuit » que je ne suis plus capable d’entendre. À mon avis, nous payons des impôts pour nous donner des services et il s’agit de mettre les priorités aux bonnes places. Or, je constate que la priorité est de moins en moins accordée au bien commun.
Cynthia Dubé
La juste part est celle qui nous convient.
La société fonctionne malheureusement ainsi. Si un coût est relatif à quelque chose qui nous concerne, il est utile. Autrement, il est futile.
Si justement, la juste part était appliquée, nous serions imposés sur une gradation à 10 paliers (rapport aux tranches de revenus annuel), puis les frais relatifs au bien et services publiques seraient également répartis de la sorte.
« Je n’ai pas de problème à payer mes impôts. Je croyais que le je faisais pour me permettre d’avoir accès à des services… » CD
Croyez-vous que vos impôts du Québec plus élevés, vous permettent l’accès à des services que les Ontariens n’ont pas ?… Voici la différence des impôts…
Impôt du Québec 2012… 16, 20, 24…
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16% de 0 à 40,100 = 0 $ à 6,416 $
20% de 40,101 à 80,200 = 8,020 à 16,040 $
24% de 80,201 + = 19,248 $ et plus…
Impôt de l’Ontario 2012… 5.05, 9.15, 11.16…
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5.05% de 0 à 39,020 = 0 $ à 1,971 $
9.15% de 39,021 à 78,043 = 3,570 $ à 7,141 $
11.16% de 78,044 + = 8,710 $ et plus…
Québec vs Ontario…
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6,416 $ contre 1,971 $ = 4,445 $ de plus au Québec = 225 % de plus.
16,040 $ contre 7,141 $ = 8,899 $ de plus au Québec = 125 % de plus
19,248 $ contre 8,710 $ = 10,535 $ de plus au Québec = 121 % de plus
Choisissez votre niveau de revenus et d’imposition. Dites-nous quels services publics vous jouissez au Québec, que les Ontariens n’ont pas.
CH