La multiplication des partis au Québec

Afin de répondre à Evelyne Beaudin, candidate d’Option nationale à Sherbrooke, concernant la division du vote ( Voir article )

L’Option nationale est dirigée par un homme intelligent qui défend son parti avec des arguments bien préparés pour répondre aux critiques. Ce que je trouve dommage, ce sont les différentes versions des mêmes arguments diffusées abondamment par les militants d’Option nationale. Votre article, même s’il est bien écrit, n’est qu’une copie du même discours. Peu portent attention à ce discours, mais puisqu’il m’interpelle je vais y répondre.

Division de quoi?

Les arguments face à la « division du vote » sont souvent centrés sur le mot vote alors que l’on devrait parler de division de l’électorat. À l’image d’une pizzéria qui en voit une autre  ouvrir en face de chez elle et qui craint de se faire « voler » sa clientèle, les partis vont naturellement critiquer la division du vote quand un nouveau parti courtise le même électorat. L’offre politique d’Option nationale est légèrement différente et le parti le met bien de l’avant. Sans cette différence, ce serait effectivement difficile pour l’Option nationale de faire campagne contre le Parti québécois en ne prônant autre chose que de changer de nom et de chef.

C’est donc non seulement naturel que le Parti québécois dénonce la division du vote, mais il met aussi en cause la coalition souverainiste que le parti représente. Le parti est de centre-gauche, car il désire rassembler les gens de tous les horizons et il aurait probablement été de centre droit si les militants de droite étaient plus présents et actifs de sa fondation à aujourd’hui. Le parti représente donc le résultat d’une collaboration entre diverses visions de la société. Il fait donc des mécontents parmi le lot et, en se plaçant un peu à sa gauche, Option nationale pourra y récupérer des mécontents. On pourrait diviser encore l’électorat en formant un parti souverainiste à sa droite afin d’en récupérer d’autres.

Ensemble, on est plus fort?

Vient alors l’argument de la coalition des partis. Je comprends Québec solidaire et Option nationale d’être favorables à l’idée : stratégiquement ils y gagnent. Actuellement, Option nationale ne peut espérer qu’un bon pourcentage au niveau national  et n’est même pas assurée de garder son chef à Québec. Québec solidaire, malgré près de 10% de l’électorat de son côté n’a réussi aux dernières élections qu’à faire élire un député, M. Khadir, et pourrait bien ne pas faire mieux aux prochaines élections.

Qu’aurait le Parti québécois à offrir? En échange de quoi? Quelle valeur est-ce que l’Option nationale accorde à la circonscription de son chef? Retirerait-elle tous les candidats dans toutes les autres circonscriptions? Je ne crois pas : au niveau militant, plusieurs seraient déçus sans parler des candidats qui devraient se retirer. La même question se pose pour Québec solidaire même si ce parti pourrait probablement négocier plus de circonscriptions.

Après, qu’est-ce que nous, les souverainistes, y gagnerions? Croyez-vous vraiment que les votes sont transférables d’un parti à l’autre si le chef d’un parti le décide ainsi? Prenons un exemple : si, après une négociation, Françoise David se présentait dans ma circonscription pour laisser la circonscription de Gouin à Nicolas Girard, croyez-vous vraiment que les militants du Parti québécois iraient à Québec solidaire?

En refusant de répondre aux demandes des autres partis politiques souverainistes, le parti a fait preuve de courage afin de continuer à travailler avec des Québécois qui, malgré leurs différentes visions d’un Québec souverain, ont décidé de travailler ensemble. Peut-être que le parti n’a pas su retenir une partie de son électorat et ses militants, c’est vrai. L’idée de coalition des forces s’épuise avec le temps, il faut constamment renouveler le parti et ce n’est pas automatique.

Je crois que l’indépendance ne passera pas par la gauche, elle passera en rassemblant des gens de tous les horizons. À défaut d’être centriste, le Parti Québécois représente encore la coalition qui a la capacité de rejoindre tous les Québécois.

Vieillissement du Parti québécois

Le parti a du vécu, il vieillit. À l’échelle mondiale, cependant, c’est encore un jeune parti. Je comprends la fatigue de certains qui tentent de réformer le parti : étant une coalition, ses positions font rarement consensus, mais c’est le résultat de négociations entre ses différentes composantes.

Ceci dit, le vieillissement d’un parti dans le temps n’est pas nécessairement une mauvaise chose : le Parti démocrate aux États-Unis, ce même parti qui s’est divisé autour de l’esclavagisme il y a près de 140 ans, a été le premier parti à faire élire un président noir. Un parti change et évolue. L’argument du nombre d’années d’existence est donc totalement insuffisant pour qualifier le Parti québécois de vieux.

Primaires indépendantistes

La patrie avant le parti? Comment des gens qui sont incapables de se rassembler dans un seul parti pourraient-ils en former un à chaque élection? Encore une fois, je comprends qu’Option nationale propose des éléments qui, stratégiquement, l’avantagent. Avec de la chance, certains de ses candidats pourraient bénéficier de l’exclusivité dans une circonscription. Encore là, si Option nationale est honnête dans ses arguments, qu’elle est différente des autres partis, elle comprendra que les souverainistes ne voteront pas nécessairement pour eux même s’ils ont gagné les primaires.

Intérêts stratégiques ou voter avec le cœur?

Pour un parti qui prône l’alliance des partis puisque stratégiquement c’est intéressant, je trouve l’argument du « vote du cœur » de mauvaise foi et incompatible avec plusieurs de vos propositions.

La patrie d’abord?

Pour terminer, j’aimerais soulever un dernier point. Dans une société québécoise qui est fortement divisée sur la question des frais de scolarité par un chef d’état électoraliste et par des mois de lutte dans la rue, proposer la gratuité scolaire n’est-ce pas jouer le jeu du chef d’état sortant? Surtout en divisant l’électorat sur un point qui n’est pas directement (au sens où il n’encourage ni ne décourage) lié à l’indépendance? Ne serait-il pas mieux de rassembler le vote souverainiste lors de l’élection pour trancher la question lors d’un sommet?

 Un vote pour Option nationale, un vote pour l’indépendance ou pour la gratuité scolaire?


À propos de Louis Godbout

Souverainiste, militant au sein du PQ et étudiant en économie