Les résultats des élections du 4 septembre n’ont pas réjoui beaucoup de gens. Avec 54 sièges au PQ, 50 au PLQ, 19 à la CAQ et 2 à Québec solidaire, on se retrouve devant un parlement confus où les transfuges pourraient, au final, déterminer qui formera le gouvernement.
Quand on regarde les résultats, on a vraiment l’impression d’arriver à l’équivalent de l’élection fédérale de 2004, quand Paul Martin est devenu premier ministre d’un gouvernement minoritaire : le début d’une reconfiguration de la carte politique qui prendra quelques élections de gouvernements minoritaires avant de se concrétiser. Au fédéral, ça aura pris 4 élections (2004, 2006, 2008 et 2011) pour qu’émerge le NPD comme principale force d’opposition au parti conservateur qui, après deux gouvernements minoritaire, fera élire un gouvernement majoritaire.
La plus grande surprise a été le résultat du PLQ qui a eu 31,2% alors que les sondages lui donnaient entre 26% et 28%. C’est pratiquement 200 000 votes de plus que la machine libérale a réussi à faire sortir. Ç’a évidement eu un impact important sur les résultats. Voyons les résultats pour chaque parti.
Le PQ
Si le PQ a pris le pouvoir le 4 septembre, il n’a certainement pas gagné l’élection. Alors que les prévisions lui donnaient entre 63 et 68 sièges, il se retrouve avec 54 sièges, à 9 sièges de la majorité et à seulement 4 sièges de plus que le PLQ. La bonne nouvelle pour le PQ, c’est que la quasi-totalité de ses candidats vedettes ont été élus. Seuls Djemila Ben Habib, dans Trois-Rivières, et Nicolas Girard, dans Gouin, ont été battus.
Le PQ se retrouve donc avec une équipe relativement forte d’ici la prochaine élection et le contrôle de l’agenda parlementaire. Plusieurs des candidats du PQ aux prochaines élections seront des ministres sortants, ce qui devrait aider le parti électoralement. Par contre, le PQ n’aura pas le choix de diriger le Québec en faisant des compromis avec la CAQ ou le PLQ. Ils auront donc un bilan à défendre à la prochaine élection, en particulier devant ses électeurs qui sont tentés par Québec solidaire.
Le PLQ
Le PLQ a perdu ses élections, mais ses partisans ont dû être grandement soulagés de voir que la défaite était moins importante que prévue. Dans l’équipe ministérielle sortante, pratiquement tout le monde est réélu. Seuls Jean Charest, dans Sherbrooke, et Clément Gignac, dans Taschereau, n’ont pas été réélus.
Reste que tout n’est pas rose pour le PLQ. Avec la commission Charbonneau qui commence, le PLQ devrait connaître une année difficile. Ce sera aussi une année de course à la chefferie. Déjà plusieurs candidats se disent intéressés, mais est-ce que le gagnant de la course pourra faire mieux que Jean Charest? Aussi, il y a un risque énorme que le PLQ soit exclu du jeu politique comme l’ADQ l’avait été en 2007-2008. Le PQ a intérêt à s’allier avec la CAQ beaucoup plus qu’avec le PLQ. Reste aussi à savoir combien de députés du PLQ seront tentés par la retraite, soit parce qu’ils ne veulent pas être à l’opposition ou parce qu’ils seront déçu du résultat de la course à la chefferie. Malgré les prochains mois qui s’annoncent difficiles, ils ont une équipe pratiquement intacte pour leur faire face.
La CAQ
La CAQ a réussi, en obtenant 27% du vote, à faire une excellente performance. Par contre, ils n’ont réussi qu’à faire élire 19 députés. Seulement deux de leurs candidats vedettes ont réussi à gagner : François Legault, dans L’Assomption, et Jacques Duchesneau, dans St-Jérôme. Gaétan Barrette, dans Terrebonne, François Rebello, dans Sanguinet, et Maud Cohen, dans Laval-des-Rapides, n’ont pas été élus.
Ainsi, si la CAQ a réussi à sauver les meubles, elle se retrouve affaiblie par l’élection du 4 septembre. Jacques Duchesneau ne semblait pas très heureux des résultats et pourrait être tenté d’aller vers un parti qui lui assurerait une responsabilité importante. En plus, la CAQ aurait emprunté beaucoup d’argent pour l’élection et, avec un gouvernement minoritaire, elle n’aura pas beaucoup de temps pour rembourser ses dettes.
Québec solidaire
En augmentant son score de 60%, Québec solidaire peut dire qu’il est en progression. Le parti a aussi réussi à doubler sa députation en faisant élire Françoise David. Néanmoins, les résultats (6%) sont moins bons que ce que les derniers sondages leur donnaient (8%). On peut dire que le « vote stratégique » a fait mal à Québec solidaire.
Québec solidaire s’est bien positionné dans Laurier-Dorion, Ste-Marie-St-Jacques, Hochelaga-Maisonneuve et Outremont pour avoir des chances sérieuses de l’emporter dans ces comtés à la prochaine élection.
Option Nationale
Avec près de 2% du vote et aucun élu, Option Nationale n’a pas réussi à gagner son pari, mais a réussi à se positionner comme un parti valable. Avec le score obtenu, Option Nationale n’aura certainement pas accès à la même tribune médiatique que celle qu’il a eu. Il est aussi peu probable que Québec solidaire refasse un pacte avec Option Nationale. Ainsi, si la prochaine élection n’est pas trop loin, ce parti pourrait espérer reproduire la réussite que Québec solidaire a faite en 2008 en élisant Amir. Si les prochaines élections sont dans plus de deux ans, le risque est fort que beaucoup de gens aient oublié Option Nationale et Jean-Martin Aussant.
Il reste donc à voir si Option Nationale utilisera son score du 4 septembre comme levier pour négocier une fusion avec Québec solidaire ou avec le PQ.
Le Parti Vert du Québec
Il lui aurait manqué 111 votes pour que le PVQ obtienne le fameux 1% lui permettant de se faire rembourser la moitié de ses dépenses électorales. Avec 0,997% du vote dans les résultats préliminaires, il faudra attendre les résultats officiels pour savoir si le PVQ obtient son 1%. Si ce n’était pas le cas, le parti entrera dans une grave crise. Sur 97 000$ de budget annuel, 82 000$ provenait de leur rente du DGEQ obtenue grâce à leur performance de 2,17% de 2008. Leur rente devrait donc être réduite à 37 000$ avec leur 0,997% de 2012. Leur budget annuel devrait, en conséquence, passé de 97 000$ à 52 000$. Ils ont commencé l’élection avec 22 000$ de dettes. Ils se sont probablement endettés d’avantage durant l’élection. Ça commence à être un passif important quand on sait qu’avec un gouvernement minoritaire, la prochaine élection devrait être dans les deux prochaines années. Le PVQ aura donc aussi une réflexion à faire sur une possible course à la chefferie ou une fusion avec un autre parti.
En conclusion, l’élection du 4 septembre ressemble ainsi beaucoup à l’élection fédérale de 2004. On ne sait pas encore où on s’en va politiquement. Les partis établis sont en perte de vitesse, mais reste encore dominants. Il y a des forces politiques émergentes qui n’ont pas encore atteint leur plein potentiel. La prochaine décennie pourrait être marquée par une série d’élections de gouvernements minoritaires, jusqu’à ce que le nouveau paysage politique se définisse. J’ai l’impression qu’on n’a pas fini de parler de politique au Québec.
À la question : « Quel gouvernement voulez-vous? », on peut dire que les Québécois ont répondu : « Pouvez-vous répéter la question? ».


2 commentaires
[...] des Québécois par rapport aux résultats de l’élection de mardi ». Comme le dit bien Sébastien Robert, on dirait que la population a répondu «Pouvez-vous répéter la question? » à la question [...]
Le PLQ est relativement a terre, malgré la bonne performance du parti. 50 siège, c’est noble, mais la course a la chefferie (jumelée a celle du PLC) risque de ruiner le parti.
Marois doit espérer qu’ils seront 56 a se présenter a la tête du PLQ, et que la course dur 1 an et demie.