Quel changement!

Au cours de la dernière campagne électorale, j’ai écrit un billet où je me moquais de l’abus du concept de changement dans le slogan de la CAQ. Mais là, je me suis quasiment étouffé en lisant que Raymond Bachand, en annonçant qu’il se lançait dans la course à la chefferie du Parti libéral, se présentait comme le candidat du changement !

Et il semble sérieux! Même une députée qui l’appuie a déclaré :

« L’homme politique âgé de 64 ans « incarne l’expérience, mais il incarne aussi le changement que veulent nos militants [et] les Québécois, et dont notre parti et la population du Québec ont grandement besoin », a affirmé la députée de Trois-Rivières, Danielle St-Amant. »

Mais quel changement veut-il incarner ?

« « Il faut donner de la liberté de parole à nos militants. Il faut écouter les Québécois », a-t-il expliqué, tendant la main notamment aux « nationalistes du Québec ». « Il faut unir, et non pas diviser ». »

Liberté de parole aux militants ? Avouons que ça ne serait pas un luxe ! On se rappellera en effet du militant du PLQ, Martin Drapeau, qui avait osé déposer une proposition lors du conseil général du parti demandant de tenir une enquête publique sur la corruption dans l’industrie de la construction, proposition que personne n’avait appuyée !

Écouter les Québécois ? Quand on refuse même de parler à des personnes qui représentent des centaines de milliers d’étudiants, même quand ils manifestent pendant des mois, disons que le moins qu’on puisse dire est que le réflexe d’écoute n’est en effet pas très développé ! Et quelle sera sa position dorénavant sur les droits de scolarité ? « Moi, je pense que les étudiants doivent contribuer, donc payer leur part. Je ne reviens pas sur ça ». Tout un changement ! Tant sur l’écoute que sur la conclusion !

Tendre la main aux nationalistes ? C’est bien l’ancien conseiller de René Lévesque qui a lâché le PQ pour joindre le PLQ qui dit cela ?

«Raymond Bachand a voulu souffler le chaud et le froid, hier, en y allant d’un plaidoyer fédéraliste tout en invitant nommément les « nationalistes » à rallier le PLQ. »

OK, il a dû s’inspirer de François Legault, ni fédéraliste ni indépendantiste, pour se présenter à la fois comme fédéraliste et nationaliste ! Bravo, bien trouvé !

Unir au lieu de diviser ? Ça aussi, ce serait tout un changement ! Et c’est l’ancien ministre qui a accusé le PQ de vouloir relancer la lutte des classes en proposant d’ajouter deux paliers d’imposition qui dit vouloir unir au lieu de diviser ? Ben coudonc, il a changé pour vrai !

Et sur la taxe santé ? Il avoue tout d’un coup que ce n’était « peut-être […] pas l’idée du siècle » et qu’elle « aurait pu être plus progressive ». C’est pourtant lui qui la défendait bec et ongles !

« Tous les adultes bénéficient du système de santé, peut-être que tous les adultes doivent payer pour le système de santé. »

Face à une telle volonté de changement, on s’attendrait à voir ses appuis bien différents de ceux que nous sommes habitués de voir autour du PLQ. Hors des élus du PLQ, qui donc l’a appuyé lors de son lancement de campagne à la chefferie ?

« Jacques L. Ménard, le patron de BMO Groupe financier et joueur important de la communauté d’affaires de Montréal entend s’occuper de trouver le financement pour la campagne de Raymond Bachand. »

Un autre changement qui nous couple le souffle ! Et pourquoi l’appuie-t-il ?

« Pour lui, l’ex-ministre Bachand aura clairement l’appui du milieu économique de Montréal. »

Le PLQ aurait avec Raymond Bachand l’appui du milieu économique ? Mais, arrêtez ! C’est trop de changement pour un seul jour…

Et alors…

Alors, on comprend qu’avec Raymond Bachand, le seul changement serait celui du porte-parole et exécutant des lobbys les plus puissants du Québec…